Retraite
Indépendants : pourquoi votre retraite ne se construira pas toute seule
Avec 1 180 euros bruts mensuels en moyenne, les travailleurs non-salariés terminent souvent leur carrière avec une pension nettement inférieure à celle des salariés du privé. Carrières hachées, complémentaire faible, dividendes non cotisés : les angles morts s'accumulent. Anticiper, choisir les bons supports et arbitrer la rémunération deviennent des décisions stratégiques.
Un expert retraite indépendant raconte le cas d'un client parti à la retraite en novembre 2025. Six mois plus tard, ce dernier attend toujours son premier versement : son dossier, jugé « particulièrement complexe », n'a pas encore été traité par sa caisse. L'anecdote illustre à elle seule un constat plus large : pour un indépendant, la retraite ne se construit pas par défaut.
Les chiffres de l'Insee publiés en 2025 sont sans appel. Les artisans et commerçants perçoivent en moyenne 1 230 euros bruts mensuels. Les professions libérales s'en sortent mieux avec 2 570 euros. Mais l'ensemble des travailleurs non-salariés se situe à 1 180 euros bruts par mois, loin derrière les salariés du privé qui bénéficient, eux, du levier puissant de la complémentaire Agirc-Arrco. Et ces moyennes masquent des trajectoires plus difficiles : certains micro-entrepreneurs en profession libérale affiliés à la CIPAV ont enchaîné, après la réforme de 2018, plusieurs années sans cotisations complémentaires.
Audit de carrière et bonnes habitudes : commencer par savoir où l'on en est
Premier réflexe à acquérir : télécharger son relevé de carrière sur Info-Retraite. Ce document recense les trimestres validés, les points acquis et les régimes auxquels on a cotisé. Les erreurs n'y sont pas rares, et leur correction prend parfois plusieurs mois. À partir de 45 ans, il est recommandé un audit complet auprès d'un expert retraite, avec chiffrage précis et projections fiables. Un simulateur en ligne reste insuffisant lorsqu'on a multiplié les régimes successifs.
Deuxième angle mort : la confusion entre encaisser et cotiser. En fonction de son chiffre d'affaires et de sa manière de se rémunérer, on peut très bien croire qu'on cotise alors que ce n'est pas vraiment le cas. Un micro-entrepreneur libéral encaissant 50 000 euros de chiffre d'affaires ne cotise en réalité que sur 25 000 euros après abattement, soit environ 2 500 euros par an de cotisation retraite. Insuffisant pour générer une pension décente.
Côté placements, deux outils font consensus chez les experts : le Plan d'épargne retraite (PER) et l'assurance-vie. Ils sont complémentaires, il faut avoir les deux. Le PER est particulièrement avantageux pour les TNS hors micro, qui peuvent l'alimenter depuis le compte de leur entreprise avec des plafonds très supérieurs à ceux d'un versement personnel : jusqu'à 87 000 euros par an, contre 10 % des revenus annuels en titre individuel. Attention toutefois : il s'agit d'un différé fiscal, pas d'un cadeau. À la sortie, les versements initiaux sont réintégrés dans le revenu imposable et les plus-values sont taxées. L'épargne reste bloquée jusqu'à la retraite, sauf exceptions comme l'achat de la résidence principale.
PER, dividendes, statut : les arbitrages qui font la différence
L'assurance-vie, elle, joue une autre partition. Disponible à tout moment, elle ne taxe que les plus-values à la sortie, pas le capital versé. Elle convient à ceux qui anticipent un besoin de liquidités dans les huit à dix ans. Précisément parce qu'on peut en avoir besoin avant la retraite, mieux vaut y loger des supports moins volatils. Côté effort, il est conseillé d'y consacrer entre 3 et 8 % de ses revenus mensuels avant 40 ans, puis entre 5 et 12 % au-delà.
Troisième levier décisif : la rémunération. Les dividendes ne génèrent aucune cotisation retraite. Les dirigeants assimilés salariés qui se versent principalement des dividendes pour alléger leurs charges allègent du même coup leur future pension. Se verser un salaire, même partiel, devient un acte de prévoyance.
Le rachat de trimestres mérite aussi d'être étudié tôt. Plus on rachète tôt, moins c'est cher. À 45 ans, l'opération est nettement plus accessible qu'à 60 ans et peut ouvrir le droit au taux plein, à un départ anticipé ou à une pension revalorisée. Même logique pour la prévoyance : un arrêt maladie sans couverture suffisante crée un trou dans le relevé de carrière qui se répercute mécaniquement sur la pension finale. Côté statut juridique, le président de SASU assimilé salarié bénéficie d'une bonne couverture à condition de se verser un salaire — coûteux en charges, mais cotisable. À noter enfin : à partir de 2027, les règles du cumul emploi-retraite changent, avec un plafonnement strict des revenus avant 67 ans qui réduit fortement l'intérêt de l'opération.
